Lettre à Marguerite Blais, concernant la sortie de son livre

Lettre à Marguerite Blais, concernant la sortie de son livre. À l’occasion de la parution de votre livre, je tiens à vous informer que je ne le lirai pas et que je n’en ferai pas l’achat.

Avant toutes chose : Marguerite Blais à choisi de ne pas témoigner devant la coroner chargée de faire la lumière sur les milliers décès survenus en CHSLD.


Votre rôle comme ministre responsable des Aînés durant la crise sanitaire demeure trop lourd de conséquences pour que je puisse accueillir votre récit comme une simple tentative d’explication ou de justification. Les décisions prises sous votre mandat ont profondément marqué le Québec, et les blessures qu’elles ont laissées ne sont toujours pas refermées.

En tant que ministre des Aînés, vous aviez la responsabilité d’agir et de protéger les personnes les plus vulnérables. Si vous étiez en désaccord avec les orientations de votre gouvernement, vous aviez le devoir de vous y opposer, quitte à démissionner. Vous étiez en poste lorsque votre gouvernement a imposé des directives qui ont mené à l’isolement extrême des personnes âgées, à leur transfert dans des établissements déjà fragilisés, et à des conditions de vie qui se sont avérées indignes.

Des milliers d’aînés ont été confinés, privés de soins adéquats, privés de présence humaine, et laissés dans des situations que personne n’aurait cru possibles, dans une société qui se dit respectueuse de ses aînés. Beaucoup sont morts seuls, dans des conditions que leurs familles n’oublieront jamais.

Je repense à cette femme en fin de vie qu’on a sortie dehors, en plein froid, pour qu’elle puisse dire adieu à ses enfants, parce que le CHSLD interdisait l’entrée aux proches. Aucune crise sanitaire, aussi grave soit‑elle, ne peut justifier qu’on prive des êtres humains d’accompagner un proche en fin de vie.

Vous n’auriez jamais toléré qu’un membre de votre propre famille subisse un tel traitement. Pourtant, les décisions de votre gouvernement ont mené à 6 700 décès dans les CHSLD, dans des conditions abominables.

Je doute que votre livre relate l’ensemble des histoires vécues par ces proches qui ont été privés d’un dernier adieu et qui sont morts de faim et de soif, abandonnés et enfermés dans leurs chambres cadenassées. Votre refus, partagé par votre gouvernement, d’appuyer la tenue d’une enquête publique indépendante a été vécu comme un affront par ces familles.

Le fait que la CAQ se soit félicitée de cette décision en s’applaudissant à l’Assemblée nationale n’a fait qu’accentuer l’incompréhension et la colère. Pour beaucoup, cela a donné l’impression que la souffrance vécue n’était pas reconnue, que la dignité des victimes n’était pas honorée et que la transparence n’était pas une priorité.

Si vos intentions étaient réellement de protéger les aînés et de comprendre ce qui s’est passé, pourquoi avoir refusé cette enquête? Il est difficile pour plusieurs d’accepter aujourd’hui que vous publiiez un livre qui semble vouloir présenter votre version des faits, voire vous placer dans une posture de victime.

Pour ceux et celles qui ont vu leurs parents dépérir seuls, dans des conditions inhumaines, cette démarche est douloureuse et difficile à recevoir. Quelles que soient les explications avancées dans votre ouvrage, elles n’effaceront jamais la responsabilité de votre gouvernement et de votre ministère. Vous étiez la ministre des Aînés, et 6 700 personnes ont perdu la vie dans un contexte où les mesures imposées ont contribué à leur isolement et à leur détresse.

Les familles se souviendront longtemps de ce qu’elles ont vécu, de ce qu’elles ont perdu, et de l’absence de responsabilité assumée par ceux et celles qui étaient aux commandes. Vous avez toujours projeté l’image d’une personne empathique et humaine, ce qui rend d’autant plus incompréhensible que vous ayez endossé les décisions de votre gouvernement.

Plutôt que de publier un livre pour justifier ces choix, il aurait été plus respectueux de mettre de l’avant les témoignages et les réalités vécues par les familles, comme le fait le documentaire CHSLD – Je me souviens de Sylvain Laforest, qui illustre clairement l’ampleur de la tragédie.

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