François Legault est parti. Christine Fréchette a pris la relève. Mais le parti, lui, est toujours le même : la Coalition avenir Québec.
Il ne faut donc pas se leurrer : ce n'est pas simplement une nouvelle administration qui débarque avec Christine Fréchette. C'est la même CAQ qui gouverne le Québec depuis 2018, avec un nouveau chef et une nouvelle première ministre.
Que fait-on du bilan financier laissé par les années Legault?
Car lorsqu'on additionne les grands projets informatiques, les investissements gouvernementaux dans certaines entreprises, les projets industriels qui ont mal tourné et les coûts qui continuent de grimper, la facture soulève forcément des questions sur la gestion des fonds publics.
Le nouveau dossier qui fait exploser les chiffres
Dernier exemple en date : le projet SIFA, le Système d'information des finances et de l'approvisionnement du réseau de la santé.
En 2022, le projet était évalué à environ 96 millions de dollars.
Aujourd'hui, des estimations citées par Radio-Canada et reprises par plusieurs médias évoquent une facture pouvant atteindre 1 milliard de dollars, voire 1,5 milliard selon certains scénarios. Cela représenterait donc un écart potentiel de plus de 900 millions de dollars par rapport à l'estimation originale.
Et ce n'est pas simplement une vieille décision du gouvernement Legault.
Le 15 juillet 2026, le Conseil des ministres du gouvernement Christine Fréchette a autorisé de nouveaux montants, portant l'autorisation du projet à environ 329,4 millions de dollars. Des avertissements concernant les risques du projet avaient été formulés par des fonctionnaires et des experts, selon les informations rapportées par La Presse canadienne.
Autrement dit, le dossier SIFA appartient désormais aussi au bilan de la CAQ de Christine Fréchette.
SAAQclic : un autre exemple qui continue de hanter la CAQ
SIFA arrive dans un contexte où la CAQ traîne déjà derrière elle le dossier SAAQclic.
Le projet de transformation numérique de la Société de l'assurance automobile du Québec a connu un dépassement de coûts évalué à environ 600 millions de dollars par rapport aux prévisions initiales, en plus des problèmes importants entourant son implantation.
Pourquoi les grands projets informatiques du gouvernement québécois semblent-ils régulièrement coûter beaucoup plus cher que prévu?
François Legault lui-même défendait en 2025 l'importance du rattrapage informatique de l'État et expliquait que les investissements avaient été augmentés parce que le Québec devait moderniser ses systèmes.
Le problème n'est donc pas nécessairement d'investir dans l'informatique.
Le problème est de savoir combien cela coûte réellement aux contribuables et pourquoi les prévisions peuvent autant déraper.
Et ce n'est pas seulement l'informatique
Sous le gouvernement Legault, l'État québécois a également multiplié les interventions financières auprès d'entreprises privées.
Parmi les dossiers qui ont fait particulièrement parler :
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Northvolt
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Lion Électrique
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Davie
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Stellantis
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GM
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Ford
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Volta Energy Solutions
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Taiga Motors
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ainsi que plusieurs autres entreprises ayant bénéficié de prêts, garanties, participations, subventions ou mesures gouvernementales.
Lion Électrique : un cas particulièrement révélateur
Le dossier de Lion Électrique illustre cette difficulté.
Le gouvernement du Québec a investi des sommes importantes dans l'entreprise. Des pertes de centaines de millions ont ensuite été rapportées relativement à l'investissement gouvernemental.
Le Journal de Montréal rapportait notamment en 2026 que l'aide aux entreprises sous François Legault avait atteint des niveaux records et que plusieurs investissements avaient entraîné des pertes importantes pour les contribuables.
La question légitime n'est pas de savoir s'il fallait aider l'industrie québécoise.
Northvolt : des milliards annoncés, un projet qui s'effondre
Le dossier Northvolt est probablement devenu le symbole le plus connu de cette politique d'investissement massif dans les grandes entreprises. Le gouvernement québécois avait présenté le projet de batterie comme un investissement stratégique majeur pour l'économie et la transition énergétique.
Mais le projet a finalement été suspendu puis le gouvernement Legault a annoncé la fin du financement québécois du projet en 2025.
Davie : une autre facture importante
Le chantier naval Davie, à Lévis, a également reçu une aide gouvernementale considérable.
Selon les informations rapportées en 2025, le gouvernement Legault avait accordé plus de 630 millions de dollars à Davie depuis 2023, dont notamment 113 millions pour aider l'entreprise à acquérir certains équipements.
Mais ces sommes doivent faire partie du bilan lorsqu'on parle de la politique économique de la CAQ.
| Dossier | Somme / perte rapportée | |
|---|---|---|
| Northvolt | 270 M$ | Le gouvernement du Québec a déclaré cet investissement perdu; il a ensuite cherché à récupérer une partie des sommes. |
| Lion Électrique | 180 M$ | Une perte d'environ 180 M$ a été rapportée à la suite de l'insolvabilité de l'entreprise. |
| Taiga Motors | 21 M$ | Environ 21 M$ ont été perdus dans l'insolvabilité de Taiga selon les données rapportées en 2026. |
| SAAQclic | 600 M$ de dépassement | Ce n'est pas une « perte » au sens comptable : c'est principalement un dépassement de coûts du projet informatique. |
| SIFA – santé | écart potentiel de centaines de millions | Le projet avait été évalué à 96 M$, les scénarios rapportés ont grimpé énormément. |
| Medicago | 60 M$ | Un prêt provincial de 60 M$ a été accordé; l'entreprise a cessé ses activités. |
| Panier Bleu | 22 M$ | Projet financé par l'État, fermé en 2024. |
La grande question : où est le bilan complet?
C'est probablement ici que le débat devrait commencer.
Depuis 2018, le gouvernement de la CAQ a utilisé l'État comme investisseur, prêteur, partenaire industriel et soutien financier de nombreuses entreprises.
En 2024 seulement, le gouvernement du Québec aurait versé 8,5 milliards de dollars en subventions aux entreprises, selon les données citées par l'Institut économique de Montréal.
Cela représente énormément d'argent public.
Alors pourquoi ne pas produire un tableau clair? Les Québécois pourraient alors juger eux-mêmes du bilan.
Fréchette peut changer le discours, mais pas l'historique
Christine Fréchette peut évidemment présenter sa propre vision du Québec.
Mais elle dirige toujours la Coalition avenir Québec.
Et cette CAQ est le parti qui a gouverné pendant les années Legault.
Le gouvernement Fréchette ne peut donc pas simplement présenter les problèmes actuels comme s'ils étaient apparus le lendemain du départ de François Legault.
Le dossier SIFA en est justement un bon exemple : le projet a été lancé avant Fréchette, mais son gouvernement doit maintenant en gérer les conséquences et a lui-même autorisé la poursuite du projet malgré les avertissements rapportés.
Ce n'est donc pas simplement le bilan de François Legault. C'est le bilan de la CAQ.
Et maintenant, Christine Fréchette en porte une bonne partie.
Le véritable débat :
Est-ce que les Québécois en ont eu pour leur argent?
Et surtout :
combien avons-nous réellement investi, combien avons-nous récupéré et combien avons-nous perdu?
Parce qu'après Northvolt, Lion Électrique, SAAQclic et maintenant SIFA, les contribuables sont en droit de demander autre chose que des annonces de milliards.
Ils veulent voir les chiffres.
Pas seulement les promesses.
Pas seulement les conférences de presse.
Pas seulement les nouvelles annonces.
Les chiffres.
Et si la CAQ veut demander aux Québécois de lui faire confiance encore une fois, le minimum serait peut-être de leur montrer clairement où est passé l'argent.